Je fais toujours confiance à mon instinct… Et dès le départ j’ai senti que quelque chose ne tournait pas rond avec ce nouveau client… Zilverman a beau avoir fait les couvertures de Forbes et de Time magazine en tant que plus riche entrepreneur de la planète, il m’a toujours laissé indifférente.

Le type va sur ses 90 ans avec un crâne aussi lisse qu’une patinoire et des lunettes aussi larges que des soucoupes à thé. Je n’ai pas aimé, dans cet ordre-là, son sourire satisfait, son module d’escalade futuriste et ses deux gardes du corps… Voyez-vous, il ne pouvait se déplacer que dans cet engin à la suite de son accident de cheval des années auparavant.

Cet accident ne l’a pas empêché de poursuivre de nouveaux challenges. Gravir la face sombre du Kangchenjunga à la frontière du Népal et de l’Inde faisait partie de l’un d’eux. Ce versant à une réputation sordide et même les guides les plus expérimentés en ont peur. Le chemin enneigé est jonché de parkas colorés. Des douzaines de cadavres de grimpeurs surpris par des tempêtes parsèment la piste.

Pour être honnête, j’étais aussi en manque d’argent… J’ai accepté de l’emmener au sommet avec mon sherpa Hari. Ziverlman s’est pointé dans son module sur mesure. L’intérieur était une merveille de cuir et d’acier signé Hermès… Un joyaux à 2 Millions de dollars qui pouvait surmonter n’importe quel dénivelé selon Ziverlman… Prétentieux et vain, voilà ce que j’ai pensé mais que je n’ai pas dis. Seulement, je n’avais encore rien vu…

Les prévisions météo étaient exécrables… Mais ça ne semblait pas le gêner. Au contraire… Je ne savais évidemment pas que cette tempête faisait partie de son plan.

 

Le deuxième jour, nous avons affronté la première ascension sérieuse du sentier nommé d’après sa victime la plus célèbre… Palatz était un Sherpa unanimement considéré comme l’un des meilleurs alpinistes… Il est mort seul dans une grotte au milieu de la pire tempête de neige jamais enregistrée.

 

J’étais convaincu que Zilverman se réveillerait, ferait marche arrière et reprendrait ses affaires de plusieurs milliards 3000 pieds plus bas. Mais encore une fois, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait… Sa capsule de montagne a dévoilé deux câbles automobiles qui l’ont tiré vers le haut rapidement et en douceur. Ses gardes du corps le suivaient dans un hélicoptère…

Notre troisième nuit débuta sous les pires conditions météo. Les chutes de neige étaient si épaisses que l’on se perdait entre nos tentes. La tempête balayait les volets de nos Quechuas et nous empêchait de fermer l’Å“il. J’exhortais Zivelrman à rebrousser chemin.

Hari, mon sherpa, insistait lui aussi pour rentrer jusqu’au moment où les deux hommes de main de mon client pointèrent leurs armes sur nous…

Hari se retrouva à genoux, hurlant qu’on l’épargne.  L’autre brute monta un étrange pilonne magnétique qui se mit à frapper le sol comme s’ils espéraient découvrir un puits de pétrole. 

 

Zivelrman se mit à me parler de l’intérieur de son module chauffé. Des enceintes invisibles diffusaient sa voix mielleuse. Il sirotait son thé dans une thermos LVMH avec de la musique classique en arrière-fond. 

 

Bianca… Je vous apprécie beaucoup… Vous êtes intelligente, ravissante et une des meilleures spécialistes dans votre domaine… Mais bien que ce sommet excite ma curiosité, je dois vous avouer que ce n’est pas ma priorité… Je… Je veux retrouver mes jambes, ma liberté… J’ai tout tenté sans succès. Mais ici, l’espoir flotte au-dessus des cimes…

 

Je n’avais pas à écouter plus longtemps ce fou… Je connaissais cette légende délirante… Une victime offerte à cette bête des montagnes contre un vœu…

 

La frappe du mini pilonne contre la glace était de plus en plus assourdissante… Au loin, un grognement déchira le manteau de neige…

 

Je vous quitte Bianca… Je n’oublierai jamais votre sacrifice…

 

Je n’ai rien vu venir encore une fois. L’un de ses gardes enfonça une seringue dans ma nuque et un voile noir tomba devant moi…

J’ai repris connaissance contre un large mur de glace… Mon corps était littéralement collé contre la glace. J’étais moi-même un glaçon. Le martèlement avait cessé. Toutes les traces de notre campement avaient disparu.

 

Une forme s’est mise à grossir à mes pieds avec des grognements et des râles profonds. Et soudain, elle a obstrué mon horizon de son énorme fourrure noire. Une langue géante pendait de sa mâchoire. La bête frôlait les 3 mètres et se dressait devant moi dans une effluve infecte de poubelle abandonnée en plein été. Deux points noirs me scannaient derrière un rideau de mèches visqueuses. Ces points noirs étaient aussi sombres que le fond de l’océan. J’avais besoin de hurler ma peur, mais aucun son n’était capable de quitter ma bouche. Mes lèvres étaient scellées par le gel.

 

Il lécha mon visage et je ai pu admirer l’intérieur rosé de sa mâchoire en version Imax. Des résidus de chair putréfiée s’agglutinaient entre ses crocs. Il aurait pu aisément gober ma tête. Alors que sa langue glissait de haut en bas sur ma joue, la fine couche de glace de mon visage se mit à fondre. Pendant un instant j’eus l’espoir qu’il continue sur mon corps pour ainsi me permettre de me libérer.

 

Mais les rêves se fracassent toujours contre le mur de la réalité. Et j’avais atteint ce moment. 

J’ai perdu connaissance une fois de plus. Et je viens de rouvrir les yeux… Mon cÅ“ur en mode Formule 1… Et soudain toutes les pièces de ce puzzle cauchemardesque s’imbriquent les unes aux autres… Comme des poupées russes.  

 

La sensation de froid à 3 000 mètres d’altitude ? C’est l’eau glacée dans laquelle je baigne. Le matraquage de la glace ? C’est le tuyau qui pend et cogne contre ma capsule cryogénique. Et le monstre velu ? C’était le petit fils de Zivelrman courant dans le labo avec son masque de Chewbaca… Quel cauchemar… Je dois réfléchir…

 

Je suis une guide de montagne certifiée… C’est une certitude… C’est moi qui souffrais de jambes paralysées… J’ai supplié les meilleurs médecins de me donner ne serait-ce qu’une lueur d’espoir, mais en vain… Le programme de conservation cryogénique du professeur Zivelrman s’est présenté à moi comme la promesse d’une nouvelle vie… Plus tard… Quand les progrès scientifiques pourraient me réparer…

 

Idée de fou, non ?

 

Quelque chose cloche vraiment ici… Je suis réveillée, mais les lumières sont éteintes dans le labo. Pire, je ressens une atmosphère mortifère qui flotte autour de moi… Je repère un rat qui file devant moi… Ce ne peut pas être réel !

 

Et soudain cette image me frappe de plein fouet… Zivelrman, ce fils de pute, fermant ma capsule avec son sourire satisfait et sa dernière phrase qui rebondit tel un écho contre les derniers remparts de ma santé mentale…

 

Il se peut que je vous rejoigne, Bianca… Qui sait ? J’ai beaucoup à offrir aux générations futures…

 

Sa vanité a été notre condamnation à mort pour tous les deux… Son expérience a échoué lamentablement et je suis coincée ici pour toujours… Je hurle, mais personne ne m’entend.

Notre troisième nuit débuta sous les pires conditions météo. Les chutes de neige étaient si épaisses que l’on se perdait entre nos tentes. La tempête balayait les volets de nos Quechuas et nous empêchait de fermer l’Å“il. J’exhortais Zivelrman à rebrousser chemin. Hari, mon sherpa, insistait lui aussi pour rentrer jusqu’au moment où les deux hommes de main de mon client pointèrent leurs armes sur nous…

 

Hari se retrouva à genoux, hurlant qu’on l’épargne.  L’autre brute monta un étrange pilonne magnétique qui se mit à frapper le sol comme s’ils espéraient découvrir un puits de pétrole. 

 

Zivelrman se mit à me parler de l’intérieur de son module chauffé. Des enceintes invisibles diffusaient sa voix mielleuse. Il sirotait son thé dans une thermos LVMH avec de la musique classique en arrière-fond. 

 

Bianca… Je vous apprécie beaucoup… Vous êtes intelligente, ravissante et une des meilleures spécialistes dans votre domaine… Mais bien que ce sommet excite ma curiosité, je dois vous avouer que ce n’est pas ma priorité… Je… Je veux retrouver mes jambes, ma liberté… J’ai tout tenté sans succès. Mais ici, l’espoir flotte au-dessus des cimes…

 

Je n’avais pas à écouter plus longtemps ce fou… Je connaissais cette légende délirante… Une victime offerte à cette bête des montagnes contre un vœu…

 

La frappe du mini pilonne contre la glace était de plus en plus assourdissante… Au loin, un grognement déchira le manteau de neige…

 

Je vous quitte Bianca… Je n’oublierai jamais votre sacrifice…

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