Nouvelles graphiques par Nicholas Romer

The Fangs

Fantastique

Notre bus s’est renversé et a chuté dans un des bras de la rivière El Colmillo. Colmillo n’est pas facile à traduire mais Les crocs sont ce qui s’en rapproche le plus. De toute façon, l’appellation d’une rivière ne veut rien dire. Ce qui compte c’est de ne pas se retrouver dedans.
 
Laissez tomber toute la hype autour des requins dans les films d’Hollywood. Le vrai cauchemar marin est içi, caché sous une eau sombre et boueuse, et prêt à saisir n’importe quel membre à sa portée. Je l’ai vécu. 
 
Sachez aussi qu’il y a toujours une saloperie de poisson plus vicelard derrière celui que vous avez évité. Et certains peuvent même vous sauver. Mais je m’avance un peu…
 
J’ai quitté Bogota pour Chiriqui en bus. C’est le meilleur moyen de rester discret. Le bureau des stupéfiants ne me lâchait pas d’une semelle depuis trop longtemps. J’avais des drônes au-dessus de la tête tous les jours à Bogota. 
 
Ces bus s’enfoncent souvent dans une masse de végétation dense qui rend les drônes aveugles. J’avais l’intention de poursuivre à pieds 30 kilomètres avant Chiriqui. 
 
Le chauffeur laissait s’échapper du rap local via deux enceintes qu’il avait bricolées. Il était plus préoccupé à chanter en rythme qu’à surveiller la route. Un animal a croisé sa route. Il a freiné brutalement sur un pont de bois branlant. Le pont a cédé et on a glissé inexorablement vers la rivière.

La scène a duré moins de quelques secondes, entre l’arrêt soudain et notre atterrissage au fond de la rivière. Au milieu des cris de bébé et des gémissements des passagers, je me suis ressaisi et j’ai immédiatement vérifié les fenêtres. Elles étaient toutes scellées. Le temps frais et l’air conditionné nous ont sauvés.


De l’eau s’est écoulée par plusieurs ouvertures étroites. J’en ai conclu que nous ne tiendrions pas plus de 40 minutes. Alors que les gros poissons en chasse étaient bloqués à l’extérieur, les plus petits pouvaient entrer. Comme cet enculé de Candiru… Un parasite de 10 centimètres de long qui peut se faufiler dans n’importe quel trou corporel… Je portais un pantalon de jogging serré, mais je plains ceux qui étaient en short cargo…

La seule issue était la soute à bagages. La lourde porte latérale pouvait nous protéger d’un afflux d’eau massif. Mais je savais aussi quelque chose que les autres passagers semblaient ignorer. Il y avait des sons étouffés contre la tôle du bus et cela ne pouvait signifier qu’une chose. Un putain de poisson avait faim.

J’ai filé quelques billets à un pauvre type pour qu’il se faufile dans la trappe d’accès à la soute et qu’il ouvre sa porte. Ce jeune Wayuus au teint mat pensait faire une super affaire. Quelques milliers de pesos en échange d’un coup d’épaule. Il n’avait aucune idée du risque qu’il prenait. 

On a entendu ses cris et sa lutte contre le poisson. Pas besoin de l’observer pour savoir qu’il luttait pour ne pas se noyer. Avec le recul, je pense que l’Arapaima lui a saisi le pied dans la soute et l’a entraîné sous l’eau.

Je ne suis pas fier de mon coup mais quand on a passé des années dans les rues de Cali, survivre devient un réflexe. 

Quand j’ai pu enfin apercevoir le jeune homme se débattre dans la bouche du géant de l’amazonie, j’ai plongé à mon tour. Alors que je nageais sous l’eau le plus loin possible de ce massacre, j’ai pu croiser les regards atterrés des passagers abandonnés dans le bus.

Un banc de piranhas a croisé ma route mais leur cible était un passager qui venait de tenter sa chance hors de la soute. 

J’ai filé aussi loin que possible et aussi longtemps que ma respiration me le permettait.

J’ai refait surface dans une sorte de cul-de-sac et j’ai buté contre une structure métallique. Je n’en croyais pas mes yeux. Je faisais face à un sous-marin de poche coincé et abandonné sur un banc de sable. 

J’ai tout de suite compris de quoi il s’agissait. Les cartels ont toujours eu des idées bizarres pour livrer leur marchandise. Les sous-marins de poche sont destinés à naviguer en eaux peu profondes, mais certains tentent leur chance en pleine mer. Celui-ci s’est retrouvé pris au piège dans une nasse. 

J’ai immédiatement grimpé sur l’écoutille et je me suis faufilé à l’intérieur. À l’intérieur, un type mort était affalé sur le siège conducteur et derrière lui s’élevait une montagne de poudre blanche d’une valeur de 7 ou 8 millions de dollars. 
 
Je ne me sentais pas bien du tout. Mon estomac jouait un concerto et une rafale de pets incontrôlables l’accompagnait. Est-ce que je me suis permis de renouer le lien avec mon addiction passée ? Oui ! J’ai tenu 12 ans sans elle, mais à situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle. J’ai alors laissé la poudre circuler dans mes veines et l’effet fut immédiat. 
 
Je ne pouvais pas rester ici trop longtemps. Les flics auraient été sans doute bientôt là. Alors que je m’envoyais une nouvelle fournée de poudre dans les narines, j’ai perçu un son sourd frappant la coque du sous-marin.  L’Araipama était de retour. Mais il n’était pas seul. Quelque chose cognait aussi contre mon ventre.

Je planais aussi haut que possible et je ne pouvais m’empêcher de rire bêtement malgré ma situation désespérée. L’eau s’infiltrait à mes pieds par de nombreuses petites fuites. Un bon tiers de la coke était gâchée.

J’ai rapidement repéré une forme longiligne se mouvant au fond du sous-marin, là où l’eau s’amoncelait. Une anguille électrique barbotait à mes pieds. J’ai ricané face à cette nouvelle menace. Je n’en étais plus là. Mais mon estomac s’est contracté en même temps. La saloperie qui s’épanouissait dans mon ventre n’apprécia pas mon rire et s’est mise à me bouffer de l’intérieur. La douleur me fit hurler à la mort.

Il ne me restait que très peu de temps pour me débarrasser de cet intrus. J’ai fixé l’anguille et j’ai réussi à la saisir du premier coup. Cette relique de millions d’années d’évolution me dévisagea avec un sourire diabolique avant que je ne l’a colle contre moi. Sa décharge électrique m’envoya valser en arrière et me fit recracher le candiru. J’ai atterri sur le cul avec une crampe des intestins terrible, otage d’une série incontrôlable de hoquets qui me fit cracher du sang…

Je me suis évanoui peu après.

Plus tard, je fus capable de me hisser sur l’échelle et de m’échapper de cet enfer.

6 heures ont passées.

Je me balance lentement sur une chaise à bascule branlante. La terrasse en bois vermoulu de ce bar improbable en pleine jungle me permet de reprendre des forces. Mon estomac réagit toujours nerveusement quand la bière tiède vient s’écouler à lui mais je suis en vie. Je me fais la promesse de ne jamais revenir à ma vie passée.

Tout ce dont j’avais besoin était d’un électrochoc.

Je planais aussi haut que possible et je ne pouvais m’empêcher de rire bêtement malgré ma situation désespérée. L’eau s’infiltrait à mes pieds par de nombreuses petites fuites. Un bon tiers de la coke était gâchée.

J’ai rapidement repéré une forme longiligne se mouvant au fond du sous-marin, là où l’eau s’amoncelait. Une anguille électrique barbotait à mes pieds. J’ai ricané face à cette nouvelle menace. Je n’en étais plus là. Mais mon estomac s’est contracté en même temps. La saloperie qui s’épanouissait dans mon ventre n’apprécia pas mon rire et s’est mise à me bouffer de l’intérieur. La douleur me fit hurler à la mort.

Il ne me restait que très peu de temps pour me débarrasser de cet intrus. J’ai fixé l’anguille et j’ai réussi à la saisir du premier coup. Cette relique de millions d’années d’évolution me dévisagea avec un sourire diabolique avant que je ne l’a colle contre moi. Sa décharge électrique m’envoya valser en arrière et me fit recracher le candiru. J’ai atterri sur le cul avec une crampe des intestins terrible, otage d’une série incontrôlable de hoquets qui me fit cracher du sang…

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